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582740 Ano: 2014
Disciplina: Francês (Língua Francesa)
Banca: UFRJ
Orgão: UFRJ
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Histoire de la traduction
La constitution d’une histoire de la traduction est la première tâche d’une théorie moderne de la traduction. À toute modernité appartient, non un regard passéiste, mais un mouvement de rétrospection qui est une saisie de soi. Ainsi le poètecritique-traducteur Pound méditait-il simultanément sur l’histoire de la poésie, de la critique et de la traduction. Ainsi les grandes re-traductions de notre siècle (Dante, la Bible, Shakespeare, les Grecs, etc.) sont-elles nécessairement accompagnées d’une réflexion sur les traductions antérieures. Cette réflexion doit être étendue et approfondie. Nous ne pouvons pas nous satisfaire des périodisations incertaines que Georges Steiner a échafaudées dans Après Babel à propos de l’histoire occidentale de la traduction. Il est impossible de séparer cette histoire de celle des langues, des cultures et des littératures – voire de celle des religions et des nations. Encore ne s’agit-il pas de tout mélanger, mais de montrer comment, à chaque époque, ou dans chaque espace historique donné, la pratique de la traduction s’articule à celle de la littérature, des langues, des divers échanges interculturels et interlinguistiques.
Prenons um exemple: Léonard Forster a montré qu’à la fin du Moyen âge et à la Renaissance, les poètes européens étaient souvent plurilingues.(1) Ils écrivaient en plusieurs langues, et pour un public qui était lui-même polyglotte. Non moins fréquemment, ils s’auto-traduisaient. […] Il paraît clair, à lire Forster, que les poètes de cette époque évoluaient – qu’il s’agisse des sphères cultivées ou des sphères populaires – dans un milieu infiniment plus polylingue que le nôtre (qui l’est aussi, mais différemment). Il y avait les langues doctes, les langues “reines”, comme dit Cervantes, le latin, le grec et l’hébreu; il y avait les différentes langues nationales lettrées, le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, et la masse des langues régionales, des dialectes etc. L’homme qui se promenait dans les rues de Paris ou d’Anvers devait entendre plus de langues qu’on en entend aujourd’hui à New York: sa langue n’était qu’une langue parmi des langues, ce qui relativisait le sens de la langue maternelle. [...]
Faire l’histoire de la traduction, c’est redécouvrir patiemment ce réseau culturel infiniment complexe et déroutant dans lequel, à chaque époque, ou dans des espaces différents, elle se trouve prise. Et faire du savoir historique ainsi obtenu une ouverture de notre présent.
BERMAN, Antoine. L’épreuve de l’étranger. Paris: Gallimard, 1984. P. 12-14.
Note (1): Forster, Léonard. The Poets Tongues. Multilingualism in Literature, Cambridge Unversity Press, 1970.
Parmi les auteurs cités dans le texte, ceux-ci sont associés par Berman à un contexte favorable:
 

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