L'Horloge
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: “Souviens-toi!”
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible; (...)
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier1 de métal parle toutes les langues.)
Les Minutes, mortel folâtre2, sont des gangues3
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or! (...)
Charles Baudelaire. L’horloge. In: Les fleurs du mal.
1gosier: gorge; ici il prend le sens de bouche – 2folâtre: joyeux – 3gangues: fait, sentiment qui emprisonne quelque chose.
D’après l’extrait du sonnet présenté ci-dessus, où le poète parle de l’angoisse de l’homme face au passage du temps, jugez les affirmations suivantes.
Les vers 9 et 10 montrent que, dans l’imaginaire du poète, l’horloge, et donc le temps, est le même pour tous les hommes, n’importe la langue qu’ils parlent.